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Leaders pour la paix

Le 29 mai 2026, Edgar Morin nous quittait à 104 ans. La fondation Leaders pour la Paix a tenu à rendre hommage à cet homme dont elle partage la pensée et le combat intellectuel. Résistant, philosophe, sociologue, il aura été l’une des rares voix du XXè siècle à penser la guerre et la paix en puisant dans sa propre expérience. Son œuvre, marquée par la montée des totalitarismes du XXe siècle, est très attachée à la démocratie et aux droits humains et reste un outil indispensable pour comprendre les conflits contemporains dans leur complexité et construire une culture de la paix durable.

Des armes au combat intellectuel : la Résistance comme matrice

Ce qui distingue Morin de la plupart des penseurs de la paix, c’est que son combat dépasse le simple cadre académique et philosophique. Dès 1936, il se mobilise en soutien de la République espagnole et il rejoint la Résistance en 1942. C’est de là que vient le nom « Morin », pseudonyme clandestin qu’il gardera toute sa vie en symbole d’une vie marquée par les atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Cette expérience intime de la barbarie est ce qui rend son engagement si singulier. Il ne plaide pas contre la guerre par principe mais parce qu’il sait ce qu’elle détruit. « J’ai écrit ce texte pour que ces leçons de quatre vingt années d’histoire puissent nous servir à affronter le présent en toute lucidité, comprendre l’urgence de travailler à la paix, et éviter la tragédie d’une nouvelle guerre mondiale », écrit-il dans De guerre en guerre : de 1940 à l’Ukraine . Son combat intellectuel a ainsi pris le relais de son combat résistant pour dénoncer sans relâche les ravages de la guerre, les manipulations idéologiques et l’oubli des leçons de l’histoire.

Refuser la simplification : la « pensée complexe » comme exigence morale

Là où beaucoup cèdent à la tentation du manichéisme, qui revient à idéaliser un agresseur, une victime, une solution selon un prisme dualiste, Morin a posé la complexité comme exigence morale et intellectuelle et a combattu les visions simplistes. Un conflit n’est jamais mono-causal mais toujours enraciné dans des dynamiques politiques, économiques, culturelles, identitaires et historiques profondes. C’est pourquoi il a passé sa carrière à enchevêtrer les disciplines, allant de l’histoire à la sociologie, en passant par la philosophie, l’anthropologie ou encore l’écologie. Son objectif était de saisir la réalité dans sa globalité et dans sa complexité. Il refusait notamment ce qu’il nommait la « pensée mutilante ». Sur la guerre en Ukraine par exemple, il incarnait une posture inconfortable qui refusait le confort des certitudes et tenait ensemble « un minimum de fermeté » et une « volonté pacifique incontestable ». Il ne s’agit ni de choisir le camp du bien, ni celui du mal, mais d’être lucide sur ce qui sous-tend les conflits contemporains et c’est peut-être là son legs le plus précieux. « Notre rôle est d’apporter une pensée lucide pour comprendre les enjeux actuels et à venir ».

L’éducation, condition première de la paix

Comprendre ne suffit pas, il faut également transmettre la connaissance pour Morin. La paix n’est pas un état transitoire entre deux guerres, c’est un processus qui se construit sur le temps long, par l’éducation et la transmission. Il plaidait pour un enseignement de la connaissance dès le plus jeune âge, non pas pour inculquer des réponses technocratiques, mais pour « reconnaître les aveuglements auxquels conduit l’esprit de guerre et prévenir chez les adolescents les processus qui conduisent au fanatisme ». Il a lui-même fait l’expérience de ce fanatisme, en l’occurrence nazi et stalinien (ancien communiste, il est devenu critique du stalinisme). Cette vision de l’éducation comme rempart contre la guerre rejoint la mission que s’est donnée Leaders pour la Paix de transmettre aux générations futures les outils pour construire un monde moins violent. La conscience de la guerre est un préalable indispensable à l’esprit de paix afin d’éviter que l’esprit de guerre ne submerge les mentalités.

« J’ai foi dans l’amour et dans la fraternité ». Ces mots, parmi ses derniers, résonnent comme une exigence venant d’un homme qui a traversé la Seconde Guerre mondiale, la décolonisation, la Guerre froide et les conflits du XXIe siècle en refusant toujours de désespérer. C’est cette foi que compte poursuivre Leaders pour la Paix en lui rendant hommage.

La Fondation Leaders pour la Paix

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